Hommage à Woody Harrelson

Événement :
Le Festival du Cinéma Américain de Deauville
Édition 2017

Ce weekend, CinéFemme était au Festival de Deauville. Nous avons eu la chance d’assister à la cérémonie de clôture et à l’hommage qui a été rendu à l’acteur Woody Harrelson tout au long de la journée du samedi 9 Septembre 2017.

Avant l’annonce du palmarès, Michel Hazanavicius, président du Jury de cette année, a célébré le charisme et la vaste carrière de Woody Harrelson. Dans son discours Hazanavicius n’a caché ni son envie de travailler avec le comédien américain, ni son amour pour Kingpin, la comédie des frères Farrelly avec Harrelson et Bill Murray. Peu habitué aux récompenses de ce genre, l’acteur de Larry Flynt a félicité Deauville pour « son bon goût » avec humour et humilité.

La présence de Woody Harrelson au tableau d’honneur de cette 43ème édition rappelle ce qui caractérise la démarche de Deauville et ce que Bruno Barde, le directeur du festival, cherche à perpétuer. Ce dernier décrit Woody Harrelson comme « (…) un acteur qui symbolise plus que beaucoup d’autres ce qui est fait au Festival de Deauville depuis de nombreuses années. Cet acteur est plus talentueux qu’exubérant ; indépendant et discret. Nommé à l’Oscar pour le seul Grand Prix de Deauville inédit en France : The Messenger, il a tourné avec les plus grands cinéastes américains, participant avec eux à des œuvres majeures, il est le Larry Flint de Milos Forman, le tueur né d’Oliver Stone, la conscience de Terrence Malick dans La Ligne rouge, il est héros de liberté dans Hunger Games, le contre-champ de Javier Bardem dans No Country for Old Men des frères Coen, enfin il est un flic dans - sans doute l’une des plus belles séries américaines depuis dix ans, à savoir True Detective. ».

Le festival s’est officiellement achevé avec l’avant-première du film The Glass Castle de Destin Daniel Cretton dans lequel Woody Harrelson tient l’un des rôles principaux aux côtés de Brie Larson et de Naomi Watts.

À cette occasion, Woody Harrelson a donné une conférence de presse à travers laquelle il est revenu sur les grands moments de sa carrière et il en a profité pour nous parler de son personnage dans The Glass Castle. En voici la retranscription complète.

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Journaliste : Après cette carrière internationale éblouissante, auriez-vous envie de tourner un film d’auteur en France ?

W.H. : Oui, j’aimerais beaucoup tourner avec Michel Hazanavicius ou avec Jacques Audiard que j’aime énormément et qui est un réalisateur incroyable. Donc oui, j’aime beaucoup l’idée ! Vous savez, vu ce qu’il se passe dans mon pays en ce moment, peut-être que je ferais bien de déménager ici pour vivre au bord de la mer… Maintenant que Gérard Depardieu est parti vivre en Russie, après tout, je pourrais peut-être venir m’installer ici, parce que chez nous, c’est un peu l’enfer quand même. (Rires).

Journaliste : Dans votre longue filmographie, quels sont les films qui ont été les plus importants pour vous ? Quels sont ceux qui comptent le plus pour vous ?

W.H. : Dans les films de ma filmographie auxquels je tiens, il y a Larry Flynt de Milos Forman que j’ai revu sur grand écran récemment et qui est un film assez incroyable. Milos Forman est un grand réalisateur et, forcément, la qualité d’un film est, en général, au niveau du talent du réalisateur. J’aime aussi beaucoup The Messenger, Rampart qui est une histoire un peu troublante, The Glass Castle et LBJ, un film réalisé par Rob Reiner qui n’est pas encore sorti et qui parle du président Lyndon Baines Johnson. Mais, évidemment, c’est difficile de faire des comparaisons parce que ce sont des films très différents.

Journaliste : Quels personnages de votre filmographie ont été les « fun » à jouer ? Y-a-t-il un projet Now You See Me 3 en chantier ?

W.H. : Oui, on parle de faire Now You See Me 3, mais il faudra que le scénario aboutisse. Pour l’instant, on n’en sait encore rien. Tout ça est dans l’air. On attend et on verra. Vous savez, c’est du pur plaisir parce qu’avec toute la bande de Now You See Me, on se marre tout le temps sur le plateau. C’est d’ailleurs un peu le même constat avec les gens de la saga Hunger Games. On s’éclate vraiment ! Ce sont des boulots en or en quelque sorte. Sinon, j’aime bien le personnage que je jouais dans Zombieland parce que c’était vraiment drôle d’essayer d’être un « bad ass » qui aime les Twinkies. (Rires).

Journaliste : Qu’est-ce qui vous a intéressé dans l’histoire de The Glass Castle ? Et, comment avez-vous appréhendé le travail avec des enfants ?

W.H. : Mon agent voulait absolument que je fasse ce projet depuis très longtemps. Du coup, il me disait : « Il faut que tu lises le bouquin ! ». Alors, je disais « Oui, oui, bien sûr ! », mais je ne le lisais pas. Il a insisté. Mais je ne m’y mettais toujours pas. Et puis, à un moment donné, c’est devenu un scénario et, là, j’ai pris le temps de lire le scénario et j’ai trouvé qu’il était très bon. Suite à cela, j’ai quand même fini par lire le livre ; c’est vraiment une histoire magnifique. Travailler avec Brie Larson, c’était formidable. J’avais déjà travaillé avec elle ; j’avais joué son père dans Rampart. Concernant les enfants, ça a été super, parce que Destin - le réalisateur - nous encourageait beaucoup à faire des activités avec eux. Ce n’était vraiment pas une corvée. Au contraire, c’était plutôt sympa. Ce sont, en plus, des enfants bourrés de talent donc, au fur et à mesure, on a appris à se connaitre et à devenir une sorte de famille avec un père marginal. Finalement, quand on a commencé le tournage, tout s’est passé de manière très naturelle, très fluide.

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Journaliste : Le personnage que vous interprétez dans The Glass Castle est un homme libre. Vous-même vous donnez l’impression de faire vos choix librement, sans laisser personne vous dicter le chemin à prendre et sans pression, ce qui est assez rare à Hollywood…

J’essaie, en effet, de me sentir libre. En fait, je n’ai quasiment jamais fait de films pour l’argent. J’en ai fait un, une fois, parce que la somme était vraiment considérable et après je l’ai regretté. J’aurais préféré ne pas l’avoir fait pour être honnête. Du coup, depuis je n’ai jamais refait cette erreur. Je suis plutôt inspiré, touché et ému par l’histoire qu’un film propose et c’est à partir de là que tout commence. Je ne sais pas si vous avez lu le livre, mais The Glass Castle, c’est une histoire incroyable à vrai dire. Je pense qu’en tant que père ou en tant que fille, on peut s’identifier. Beaucoup de gens sont touchés que ce soit par le livre ou par le film. On sent une connexion qui s’établit avec le spectateur. Du moins, certains aspects nous touchent.

Concernant mes choix, j’essaie, bien entendu, d’être libre et d’aller vers des projets qui ont du cœur.

Journaliste : Comment interprétez-vous la symbolique du titre The Glass Castle (Le Château de Verre en VF) et son rapport avec votre personnage ?

W.H. : Ce château de verre renvoie au rêve. Un rêve qui ne deviendra jamais réalité. Rex, mon personnage, est intéressant mais cabossé par la vie. Il aime ses enfants sans vraiment parvenir à être un bon père. C’est quelqu’un qui refuse d’entrer dans le moule de la société, qui refuse de donner à ses enfants une éducation standard et c’est quelque chose qui me touche et auquel je peux m’identifier jusqu’à un certain point.

© article et photos : Katia Peignois.