Matteo Simoni : Shooting Star Talents

« JE RÊVE DE TRAVAILLER AVEC DE GRANDS RÉALISATEURS FRANCOPHONES ! ECRIVEZ-LE EN GRAND ET EN MAJUSCULES ! »

Sélectionné dans le cadre de la 21ème édition des Shooting Star Talents, un évènement organisé en marge de la Berlinale, qui a pour but de mettre en exergue le talent de jeunes acteurs très prometteurs venus des quatre coins de l’Europe et de promouvoir leur carrière à l’échelon international, Matteo Simoni nous a fait le plaisir de nous accorder un chaleureux entretien. L’occasion de revenir sur sa prestation dans « Patser » film d’Adil El Arbi et Bilall Fallah dans lequel il fut repéré. Notons que notre compatriote se trouvait entre autres au côté de Franz Rogowski, excellent acteur allemand, que nous avions découvert dans « Victoria » en 2015, qui était à l’affiche de deux films en compétition (« Transit » de Christian Petzold et « In den Gängen » de Thomas Stuber) et que certains ont pu voir dans le film polémique « Fikkefuchs » (malheureusement jamais sorti en Belgique). Parmi les dix talents sélectionnés, relevons aussi la présence d’Alba August à l’affiche de « Becoming Astrid », très joli biopic d’Astrid Lindgren que nous aurons l’occasion de voir chez nous très prochainement, ainsi que celle de Réka Tenk,i actrice hongroise qui incarnait le rôle d’Ana dans « On Body and Soul », Ours d’Or 2017.

C’est un jeune homme simple, modeste et spontané qu’il nous a été donné de rencontrer et qui ne nous a guère caché son soulagement d’avoir traversé l’épreuve du feu que constituait la conférence de presse menée de main de maître, et non sans humour, par le critique britannique Jason Solomons.

BERLINALE 2018 - SHOOTING STAR TALENTS INTERVIEW DE MATTEO SIMONI, ÉTOILE MONTANTE DU CINÉMA BELGE

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Le fait d’avoir été sélectionné pour le Shooting Stars Talents et d’être dès lors considéré comme l’un des acteurs les plus prometteurs de la nouvelle génération, a-t-il été une surprise pour vous ?

Totalement ! Au moment de la pré-sélection, mon agent m’avait informé que j’étais en lice mais je dois bien avouer que cela m’était complétement sorti de la tête. Sur le moment j’espérais évidemment être sélectionné mais il est parfois bon de ne pas trop se focaliser sur ses espoirs ou ses attentes, et ainsi rester pleinement ouvert à ce que la vie vous réservera. Car, au fond, les choses arrivent au moment où elles doivent arriver. Aussi, lorsque la nouvelle est tombée, j’ai été totalement surpris, et j’admets que cette forme de reconnaissance me fait grand plaisir.

Jusqu’à présent, votre carrière s’est cantonnée en Belgique dans des productions flamandes. Pensez-vous que cet évènement est susceptible de vous ouvrir de nouvelles opportunités au niveau international ?

C’est une chose dont je rêve ! J’adore ce métier, je ne vous cache pas que je suis ambitieux. Cependant j’ai aussi pleinement conscience que rien n’est jamais acquis et que j’ai encore énormément à apprendre. Je suis d’un tempérament timide et réservé, et je ne peux en aucune manière prétendre être arrivé au top ! Loin de là ! Je sais que je vais encore devoir travailler dur. Dans cette perspective, si cet évènement me permet d’ouvrir de nouvelles portes, de rencontrer des gens intéressants ou de découvrir des scénarios susceptibles de susciter mon enthousiasme, je ne manquerai pas de saisir les opportunités qui se présentent.

Vous avez été sélectionné pour votre performance dans « Patser », film qui a largement divisé la critique au nord comme au sud du pays ? Comment réagissez-vous à l’âpreté de certaines critiques ?

Oui, c’est vrai, certaines critiques étaient très dures mais le film est un total succès auprès du public, notamment en Flandre ! Quand on fait un film, on a bien entendu envie qu’il soit apprécié par le plus grand nombre et qu’il trouve son public, ce qui fut le cas en dépit de toutes les critiques négatives qu’il a essuyées ! Mais cela dit, faire face aux critiques, à toutes les critiques, qu’elles soient positives ou négatives, fait partie du jeu ! Humainement, on n’est inévitablement parfois blessé par certaines d’entre elles mais au fil du temps, plus on travaille, plus on se rend compte qu’en tant qu’acteur, on n’est que l’un des petits composants d’une chose bien plus grande que soi ! Tourner avec Adil et Bilall, c’est entrer dans leur imaginaire, c’est se fondre dans leur univers, un univers souvent détonnant, qui ne fait pas nécessairement l’unanimité. Accuser de mauvaises critiques est donc probablement plus difficile pour eux que pour moi, qui ne suis au fond qu’une cheville ouvrière dans leur projet. Cependant, je vous dirais que les critiques, qu’elles soient bonnes ou mauvaises, relèvent souvent d’une grande subjectivité et qu’au fond, lorsque l’on apprécie ou que l’on n’apprécie pas un film, c’est tout simplement parce qu’il correspond à nos goûts ou qu’il n’y correspond pas du tout. « Patser » est un film commercial et, à ce titre, il avait déjà fait parler de lui avant même sa sortie, ce qui tient aussi à la personnalité d’Adil et Bilall, qui aiment faire du bruit.

Lorsque l’on tente de synthétiser les critiques négatives, on constate que celles-ci sont plus d’ordre formel (sur l’approche cinématographique très hollywoodienne d’Adil et Bilall) et, qu’in fine, elles s’attaquent relativement peu au fond. Partagez-vous ce constat ?

C’est entièrement exact. Je me demande d’ailleurs si cela n’est pas intimement lié à la manière dont communiquent Adil et Billal qui, comme je viens de le souligner, aiment faire du ramdam autour de leur film avant même qu’il ne sorte. Tout le « show off » mis en œuvre ainsi que leur côté « grande gueule » (et je dis ça en toute affection !) ont probablement tendance à en exaspérer certains et à ne pas les mettre dans une très bonne disposition à leur égard, voire à nourrir ou à renforcer certains a priori avant même d’avoir pu découvrir leur film. Personnellement, j’aime leur manière de faire ! Car c’est un jeu de leur part, qu’il ne faudrait pas considérer comme de la prétention. Ils sont peut-être les premiers à « marketer » autant leurs films, une manière de faire à laquelle on n’est pas encore habitués en Belgique et qui dérange forcément ! Par contre, il me semble important de relever que « Patser » est aussi très belge. L’histoire se passe en Belgique et traite d’une réalité belge. Dans sa conclusion, le film s’interroge avec une certaine « morale » sur ce qu’il y a lieu de mettre en place pour s’en sortir et être respecté lorsque l’on est issu de l’émigration avec un bagage social qui n’est pas forcément facile à porter. En tant qu’acteur, j’avais donc conscience du rôle que j’endossais pour m’adresser à cette communauté, et c’est à mon sens, cette fin qui importe réellement dans le film. Le but du film n’est pas du tout d’encourager le trafic de drogue ! C’était d’ailleurs la même chose pour Marina, film qui, même s’il retrace la vie de Rocco Granata, se fait aussi l’écho de l’histoire de milliers d’italiens arrivés en Belgique.

Les personnages que vous avez incarnés dans « Marina » et « Patser » sont complètement différents. On pourrait même dire qu’ils se situent aux antipodes l’un de l’autre. Lequel de ces deux rôles était le plus difficile à interpréter et représentait un défi pour vous ?

Le personnage d’Adamo dans « Patser », incontestablement. Le rôle de Rocco était beaucoup plus proche de moi. Car, comme lui, je suis timide et réservé et, assez ironiquement, je rêvais comme lui de faire une carrière artistique. De plus, entre sa vie et la mienne, il existe certaines similitudes autant qu’une proximité émotionnelle. Adamo est quant à lui aux antipodes de ce que je suis dans la vie. Je n’ai jamais été trafiquant de drogue ! Je ne connaissais rien à ce milieu et je n’ai pas la trempe d’un caïd ! Adil et Bilall m’ont donc amené à sortir complètement de ma zone de confort en faisant de moi le leader d’un gang.

Quels sont vos futurs projets ?

Je vais tourner prochainement avec Eric Pront, réalisateur flamand notamment connu pour « D’Ardennen », et qui m’a fait l’honneur de me confier le rôle principal de son nouveau film. Le tournage devrait avoir lieu en septembre – octobre. Je serai aussi présent dans le deuxième épisode de Callboys. Enfin, j’ai aussi un projet international dont je ne peux pas encore parler maintenant, dont je me réjouis déjà, et qui, pour le moment, est en phase ultime de financement. Je suis donc un homme heureux !

Jusqu’à présent, vous avez principalement joué dans des productions flamandes, que ce soit pour la télévision ou le cinéma, mais jamais dans des projets francophones. Vous a-t-on déjà fait des propositions que vous avez déclinées, et auriez-vous envie de collaborer à des productions françaises ou belges francophones ?

On ne me l’a jamais proposé mais j’adorerais ça ! Je suis un très très grand admirateur du cinéma belge francophone et je rêverais vraiment de pouvoir tourner avec des réalisateurs tels que Jaco Van Dormael ou les frères Dardenne pour ne citer que les plus connus. Ma grand-mère me dit que je parle français comme une vache espagnole (-en français lors de l’interview-) mais je suis totalement prêt à travailler très dur pour améliorer ma pratique de la langue française ! Donc écrivez-le en grand et majuscules, criez-le : je rêve de travailler avec des réalisateurs francophones ou français !

(Propos recueillis par Christie Huysmans)

Pour plus d’ informations sur le Shooting Star Talents 2018, visitez le site officiel de l’événement : http://www.efp-online.com/en/projec...