BERLINALE 2019

GRÂCE À DIEU, DEUX OURS D’ARGENT VALENT PLUS QU’UN OURS D’OR !

Du 7 au 17 février dernier, se déroulait la 69ème édition du Festival de Berlin. Une Berlinale globalement décevante, avec un Palmarès qui a hissé sur la première marche du podium un cinéma d’auteur aussi prétentieux qu’ennuyeux, ne s’adressant qu’à une caste confidentielle d’initiés ainsi qu’à une intelligentsia critique à laquelle nous ne pouvons guère nous targuer d’appartenir.

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Pour sa dernière année à la tête de Berlinale, l’extravagant et iconoclaste Dieter Kosslick avait clairement affiché sa volonté de mettre à l’honneur un cinéma plus pointu et de laisser une large place aux réalisatrices. Parmi les 16 films présentés en compétition, 7 ont été réalisés par des femmes. Force est pourtant de constater, et ce, bien à regret, qu’une bonne moitié d’entre eux étaient loin d’être issus du haut du panier, ce qui ne rend malheureusement pas justice à ce que le cinéma féminin fait de mieux et démontre aussi la perversité de la logique des quotas revendiquée par certaines.

S’il est certes tout à l’honneur d’un festival international de promouvoir un cinéma d’auteur qui peine trop souvent à être financé à sa juste valeur, et de défendre simultanément la représentation des femmes dans un secteur où, à compétences et à talents égaux, l’équité est encore loin d’être de mise, il est par contre fâcheux que ces nobles intentions ne riment pas toujours avec une qualité méritoire, et que celles-ci s’avèrent oublieuses d’un partage avec le public.

Seul point positif dans ce Palmarès : le fait que la protection de l’enfance soit honorée à travers trois films qui valent le détour (« Grâce à Dieu », « System Crasher » et « Piranhas »).

Regards critiques sur le Palmarès

S’il ne fallait retenir de la Berlinale 2019 qu’un seul film, ce serait sans nul doute le magistral « So Long, My Son » de Wang Xioshuai. Couronné de deux Ours d’Argent récompensant ses acteurs principaux (Yong Mei et Wang Jingchun), qui livrent effectivement une prestation bouleversante, « So Long, My Son » était, selon nous, le seul véritable prétendant à l’Ours d’Or. Unique film de la compétition méritant le qualificatif de chef d’œuvre, cette poignante épopée familiale, doublée d’une impressionnante fresque historique, a en effet la rare envergure d’une œuvre universelle alliant prodigieusement l’intime et le politique.

Dans cette perspective, l’on peut d’autant plus regretter que le Jury, présidé cette année par Juliette Binoche, ait préféré opter pour le nombrilisme plutôt que pour l’universel en décernant l’Ours d’Or à « Synonymes » de Nadav Lapid, film dont la liste des synonymes pourrait être très longue pour en qualifier l’inanité. Gesticulation adolescente et colérique d’un cinéma tout aussi pseudo-avant-gardiste que pseudo-cérébral, le troisième long-métrage du réalisateur israélien incarne l’archétype même de la supercherie intellectuelle et de la fatuité cinématographique.

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Dans le même ordre d’idée, relevons également le choix tout aussi inepte du Jury, qui a récompensé Angela Schenelec de l’Ours d’Argent de la Meilleure Réalisation (et c’est là un comble !) pour son film « Ich war zuhause, aber », film où on atteint là le summum de la vacuité, avec une réalisatrice qui s’est vraisemblablement levée un matin avec l’idée géniale de faire un film sur le vide ontologique. Se résumant à un collage de plans fixes d’un ennui mortel où il ne se passe strictement rien, exception faite de deux scènes, l’une relevant de l’hystérie et l’autre de l’incontinence verbale, le film se plaît ainsi à mettre en scène une « non-histoire », concept visiblement très en vogue chez ces nouveaux cinéastes que d’aucuns se plaisent à considérer comme les génies de l’avant-garde actuelle. Certes, l’on pourrait arguer que sur le plan philosophique, le rien désigne quelque chose mais, au cinéma, lorsque rien n’émerge du néant, autant aller contempler« Carré blanc sur fond blanc » de Malevitch ou s’adonner à la méditation zen pendant 20 minutes car là au moins, on est susceptible de voir et d’éprouver plus de choses que durant l’intégralité d’un film qui ne brasse que du vide.

Cela étant dit, l’on peut toutefois se réjouir, que, compensant ainsi notre amère déception, « Grâce à Dieu » de François Ozon ait été, lui, honoré à sa juste valeur en recevant le Grand Prix du Jury, une distinction amplement méritée pour un film d’une indéniable utilité publique. Un film et une distinction nécessaires eu égard à toutes les victimes d’actes pédophiles commis au sein d’une Institution qui prêche chasteté et bienveillance tout en agitant l’épouvantail de la culpabilité vis-à-vis de ses ouailles, mais dont certains dignitaires ne se sont pourtant guère privés d’entretenir la perversion depuis des décennies. Gageons que la puissance cathartique du cinéma aide les victimes encore silencieuses à libérer leur parole, et espérons que ce film, digne du 7ème art, puisse aussi être un catalyseur d’un changement sociétal et épiscopal.

Autre récompense réjouissante mais étonnante, le Prix Alfred Bauer (qui récompense un film ouvrant de nouvelles perspectives) décerné à « System Crasher » de Nora Fingscheidt, film dont la thématique et l’approche photographique entretiennent quelques similitudes avec « Mommy » de Xavier Dolan. Nous lui aurions toutefois préféré le Prix de la Meilleure Interprétation Féminine, la jeune Helena Zengel livrant une extraordinaire prestation.

L’Ours d’Argent du Meilleur Scénario a quant à lui été décerné à Claudio Giovannesi, Roberto Saviano et Maurizio Braucci, qui ont tous trois participé à l’écriture du script de « Piranhas ». Adapté du roman éponyme de Roberto Saviano, qui vit toujours sous protection policière, ce brillant film italien offre une saisissante plongée au cœur de la mafia napolitaine, en nous plaçant aux côtés de jeunes adolescents prêts à tout pour reprendre le contrôle de leur quartier.

Enfin, l’Ours d’Argent de la Meilleure Contribution Artistique a distingué la photographie de Rasmus Videbæk dans « Out Stealing Horses » d’Hans Petter Molland. Une récompense, qui, techniquement est en effet loin d’être imméritée tant le chef opérateur est parvenu à capter avec sensibilité et virtuosité les paysages de la nature norvégienne. Des paysages, qui, au fil des saisons, jouent un rôle clé dans les réminiscences de ce vieil homme qui tente de redonner forme et sens aux fragments de son passé. Malheureusement, dans son ensemble, le film nous est apparu très peu convaincant, sa structure narrative sur-éclatée concourant à faire de cette chronique familiale extrêmement dense un imbroglio chaotique.

En conclusion, à l’exception de « Grâce à Dieu » et « So Long, My Son », cette 69ème édition bien peu sexy ne fut guère l’occasion pour nous de découvrir de réels grands films ni d’être particulièrement interpellées ou bouleversées par un cinéma d’exception, que nous aurions pourtant eu à cœur de défendre et de promouvoir. Gageons que la célébration du 70ème anniversaire de la Berlinale en 2020 nous réserve de meilleures surprises !

Ecouter notre résumé de la Berlinale dans les émissions « Cinécure » diffusées les 20 et 23 février 2019 : www.cinecure.be/Retour-sur-le-festival-de-Berlin

En résumé…

Compétition officielle : les films à ne pas manquer

« So Long, My Son » de Wang Xioshuai

« Grâce à Dieu » de François Ozon

Compétition officielle : les films à voir

« God exists, Her name is Petrunija » de Teona Strugar Mitevska

« The Golden Glove » de Fatih Akin

« Mr. Jones » d’Agnieszka Holland (lire prochainement notre critique)

« Öndög » de Wang Quan’an (lire prochainement notre critique)

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Compétition officielle : les films à éviter et/ou qui n’avaient pas leur place en sélection

« The Kindness of Strangers » de Lone Scherfig

Film d’ouverture de la 69ème édition de la Berlinale, « The Kindness of Srangers » est, comme son titre l’indique, un film gentillet qui cultive les bons sentiments en entrelaçant le destin de quatre personnages en galère. Esquissant avec une certaine tendresse le portrait de celles et ceux que la société new-yorkaise préfère laisser en marge ou oublier, Lone Scheferig tente sans grande subtilité et avec un humour quelque peu vain de nous démontrer que la bonté et la générosité figurent encore au rang des vertus humaines, et qu’il ne nous faut donc guère perdre la foi en un altruisme désintéressé de la part de nos semblables. Reprocher à un film d’être bourré de bonnes intentions pourrait certes nous faire passer pour d’amers cyniques ou de vils misanthropes, mais faut-il pour autant avoir recours à une approche aussi niaise pour défendre l’idée que la vie peut parfois s’apparenter à un conte de fées en dépit de son acidité ? Même si l’on ne peut nier que « The Kindness of Strangers » pourrait contenter les adeptes du bon petit film de Noël lorsque tombe la neige à une période où il est bon de célébrer amour et allégresse, l’on est par contre en droit de se demander s’il avait sa place dans la compétition d’un grand festival international.

« The Ground beneath My Feet » de Marie Kreutzer

C’est avec une approche clinique, dénuée de toute émotion, que Marie Kreutzer tente d’investiguer les zones frontières, et somme toute très floues, qui séparent la folie de la santé mentale, et ce, au travers du portrait de deux sœurs, qui, a priori, ne ressemblent en rien. L’une est schizophrène, et souffre de troubles paranoïaques, l’autre est consultante et ne vit qu’à travers son travail. Hyper rigide, maniaque, obsédée par la réussite, soumise à la pression d’un environnement hyperconcurrentiel, cette dernière s’abrutit dans son travail, tâchant ainsi d’oublier, voire de nier ses problèmes personnels. Angoissée par la maladie de sa sœur, laquelle suscite aussi chez elle une certaine forme de honte, elle met tout en œuvre pour en dissimuler l’existence à son entourage professionnel et s’enferme dans un déni, qui, progressivement l’amènera, elle aussi, à passer de l’autre côté du miroir. Si l’on peut certes saluer l’ambition d’un réalisatrice qui tente de démontrer que nul n’est à l’abri de la maladie mentale et que nos sociétés actuelles concourent à générer une certaine forme de folie chez des individus « psychiquement sains », notamment en les épuisant au travail (un épuisement qui dans ses manifestations les plus extrêmes peut prendre une forme psychotique), l’approche développée par Marie Kreutzer demeure au final très peu convaincante. Ses personnages suscitent autant d’empathie et d’émotion que des glaçons, ils évoluent tous dans des environnements froids et aseptisés, et l’ensemble ne fait que cultiver des stéréotypes du genre (tel le cliché de cette institution psychiatrique sise en bordure de forêt), qui sont loin de dé-stigmatiser la maladie mentale et de partager avec le public la détresse psychique qu’elle est susceptible d’engendrer chez tout un chacun.

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« Elisa & Marcela » d’Isabel Coixet

L’histoire s’inspire de faits réels, qui, sur papier, constituaient un matériau brut de départ intéressant puisqu’ils relatent l’histoire d’un amour passionné, aussi scandaleux qu’interdit, qui unit deux jeunes femmes en Espagne en 1885, et les amena, grâce à un audacieux subterfuge, à se marier en 1901. Si le propos ne manque guère de pertinence et d’originalité eu égard au contexte historique, religieux et politique dans lequel il émerge, et porte à l’écran le premier mariage gay dans l’histoire espagnole, s’inscrivant ainsi dans un plaidoyer contemporain en faveur du mariage pour tous, la manière avec laquelle Isabelle Coixet l’aborde et le développe est quant à elle bien peu malhabile. En dévoilant dès sa scène d’ouverture l’issue de l’histoire tout en en engluant ses héroïnes dans d’interminables et répétitives scènes érotiques qui ne redoutent en rien le plus grand kitsch, la réalisatrice catalane cumule les points perdants, et signe, de nouveau, serions-nous tentées de dire après son désastreux « Bookshop », un film très moyen en dépit de ses efforts esthétiques.

« A Tale of Three Sisters » d’Emin Alper

Film longuet aussi bavard que geignard, « A Tale of Three Sisters » nous invite à partager la tranche de vie désespérante de trois sœurs vivant dans un village reculé d’Anatolie centrale, qui, en dépit de leurs efforts, ne sont pas parvenues à s’extraire d’un déterminisme social dont la malchance a fait son sceau. Bref, celles qui croient que le Prince Charmant n’existe pas ne seront donc guère surprises ; et celles qui pensent qu’il est un idiot en auront assurément pour leur argent.

« Répertoire des villes disparues » de Denis Côté

À Irénée-les-Neiges, bourgade perdue de 215 habitants, Simon Dubé perd la vie dans un accident de voiture. Choqués, les habitants répugnent à évoquer les circonstances suspectes de cette tragédie. Dorénavant, pour ses proches, la mairesse Smallwood et une poignée de voisins, le temps semble s’être altéré et les jours flottent sans fin. Concomitamment à ce deuil, quelque chose de bizarre s’abat sur la région. D’inquiétant étrangers sont aperçus, et suscitent l’appréhension des habitants.

C’est avec une grande fidélité à son ADN cinématographique, qui fait fi des structures narratives conventionnelles, que Denis Côté adapte très librement le roman de Laurence Olivier et se livre à une longue métaphore visuelle sur ces villes fantômes qui hantent un Québec submergé par un océan anglophone. Renouant avec les mondes parallèles qui sont légion dans son cinéma, et ne dérogeant pas à sa marotte d’explorer l’extraordinaire sous l’épaisse couche de la banalité, le réalisateur canadien s’épuise ainsi à nous faire entrer dans un univers zombifié, qui frôle le ridicule. Certes, le film pourrait ouvrir la voie à une réflexion sur le deuil, notre rapport à la mort et à l’isolement. Il pourrait aussi se lire comme une peinture à la fois critique et empathique de ces sociétés repliées sur elles-mêmes, en état de survivance économique, où les individus s’épient à défaut de s’ennuyer, et considèrent d’emblée les étrangers comme suspects. Mais tout ceci est bien entendu à mettre au conditionnel, car, pour entrevoir la pertinence du propos, encore faudrait-il être séduit par son approche

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Films présentés hors compétition qui méritent le détour

« Varda par Agnès » d’Agnès Varda

« Vice » d’Adam McKay

L’Adieu à la Nuit » d’André Téchiné (Lire notre critique complète)

« Amazing Grace » d’Alan Elliot

En 1972, Aretha Franklin enregistrait son album gospel mythique « Amazing Grace », accompagnée du Révérend James et de la « Southern California Community Choir ». Filmé en public dans une petite église de Los Angeles, durant deux soirées d’affilée, sous la conduite de Syndney Pollack, engagé par la Warner pour en réaliser un documentaire, ce concert ne put toutefois faire à l’époque l’objet d’une quelconque exploitation cinématographique, et ce, tant pour des raisons d’ordre technique que financières, la reine de la soul s’étant révélée particulièrement âpre au gain.

Les rushes prirent alors la poussière dans les studios hollywoodiens durant près de quatre décennies, jusqu’à ce que le tenace producteur de musique Allan Elliott les exhume en 2007 et parvienne, après 4 ans de travail acharné, à monter les images grâce aux nouvelles technologies numériques. En 2011, le film était donc prêt à sortir mais… c’était sans compter sur le véto de la diva, qui, d’une part ne voulait plus entendre parler de ce concert pour des raisons personnelles, et qui, d’autre part, se montrait toujours aussi gourmande côté finances.

Conclusion : ce n’est qu’à la mort d’Aretha Franklin que les héritiers de la chanteuse donnèrent enfin leur feu vert pour que sorte ce film, qui, formellement tient plus du document d’archive que du documentaire stricto sensu.

« The Operative » de Yuval Adler

Adapté du bestseller « The English Teacher », écrit par Yiftach Reicher Atir, ancien officier des services de renseignements israéliens, « The Operative » dresse le portrait d’une femme occidentale, Rachel (Diane Kruger), recrutée par le Mossad pour une mission d’infiltration à Téhéran. Prenant la tournure d’un thriller psychologique qui explore intelligemment l’impact émotionnel d’une existence under cover sur le long-terme, ce très bon film d’espionnage se démarque par son approche intime d’un sujet, qui, habituellement, fait la part belle à l’action et met rarement les femmes à l’honneur. Formellement haletant, « The Operative » tire son intérêt de la subtile complexité de son personnage féminin, incarné par une Diane Kruger toujours excellente. Lestée d’un passé peu anodin, tiraillée, d’une part, entre les obligations qu’impose sa mission, et les sentiments qu’elle développe à l’égard du suspect qu’elle est amenée à approcher, et perturbée d’autre part moralement sur les enjeux humains de ses actes, lesquels l’amènent à vivre en porte-à-faux par rapport à son éthique personnelle, cette authentique héroïne contemporaine est loin de nourrir les stéréotypes du genre. Une réussite qui tient probablement au fait que Yiftach Reicher Atir s’est inspirée de son expérience personnelle et s’est nourri de témoignages d’agents féminins du Mossad pour écrire son roman.

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En marge de la compétition

« Celle que vous croyez » de Safy Nebbou (Berlinale Special)

« Hellhole » de Bas Devos

« Acid » (« Kislota ») de Filipp Alexander Garchilin

Portrait d’une jeunesse russe esseulée et désabusée, « Acid » s’ouvre sur un voyage psychédélique au cœur d’un appartement inondé et saturé par la musique de Moby « Why does my heart feel so bad ? ». À cette question, l’un des protagonistes répondra par le suicide en se jetant du balcon après l’injonction goguenarde d’un de ses amis qui avait cru bon de le mettre au défi en lui disant : « Saute, si tu as envie de sauter ! ». Si « Acid » promettait d’offrir une vision « sexo-toxicomane inoubliable d’une jeunesse à la dérive », il honore certes sa promesse par le rythme haletant et l’atmosphère particulière de son récit durant la première demi-heure. Malheureusement, l’ensemble ne tient pas la cadence et son propos finit par s’effilocher, pour s’achever de manière bien trop prévisible.

« Stiches » (« Savovi ») de Miroslav Terzic

Ana, humble couturière, fidèle épouse et mère d’une adolescente rebelle, est persuadée que son fils lui a été enlevé à la naissance. Les faits remontent à plus de vingt ans mais elle n’en démord toujours pas : l’hôpital lui a fait croire que son bébé était décédé après la naissance mais elle n’a jamais vu le corps de son enfant défunt, et suspecte qu’il ait fait l’objet d’un trafic d’êtres humains. Un nouvel indice venant renforcer son intime conviction, Ana poursuit son enquête, plus décidée que jamais à découvrir la vérité.

« Stiches » s’inspire de l’histoire vraie de Drinka Radonjic qui, comme 500 femmes à la fin des années 80 et au début des années 90, s’est vue voler son enfant en Serbie. Dans tous les cas, le mode opératoire était identique. Une fois l’enfant mis au monde, la mère était placée sous sédatif. Au réveil, on lui annonçait que son bébé était décédé mais qu’il lui était déconseillé de le voir afin d’éviter d’être perturbée par l’autopsie engagée. Les certificats de décès étaient fabriqués, les autopsies tantôt incomplètes, tantôt non signées.

Les faits sont tragiques, et tristement dignes d’un palpitant thriller. Malheureusement, ils ne sont pas traités à la hauteur d’un très bon film, le personnage d’Ana manquant de force et de charisme, et le développement de l’intrigue pêchant par son atonie romanesque.

Christie Huysmans