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ZERO DARK THIRTY

Kathryn Bigelow

Jessica Chastain, Jason Clarke, Joel Edgerton, Jennifer Ehle, Mark Strong, Kyle Chandler, Edgar Ramirez, Scott Adkins,…

149 min.
30 janvier 2013
ZERO DARK THIRTY

Zero Dark Thirty se centre véritablement sur cette chasse à l’homme
qui a occupé les esprits durant plusieurs années : la traque de Ben Laden.
L’histoire est connue de tous, le film ne s’attarde heureusement pas à
réexpliquer les faits tragiques du 11 septembre. Quand on s’attaque à ce genre
de sujet, le risque est grand de basculer dans un patriotisme exaspérant ou dans
la mise en avant d’un discours sur l’hégémonie américaine. Kathryn Bigelow (*) ne
s’est pas laissée prendre au piège. Au contraire, le réalisme ressenti,
notamment au travers des impressionnantes scènes de torture, offre une image
ternie de l’Amérique et du désespoir né des attentats de 2001. 

Cette histoire, c’est avant tout
celle d’une femme, Maya (Jessica Chastain), et de son long, trop long combat (près
de 2h30 tout de même) pour débusquer le terroriste. « C’est elle contre le monde » fera remarquer l’un des
protagonistes. Ce qui est un peu dérangeant, c’est justement ce côté « seule contre tous » . En
exposant au premier plan un personnage et ses actions déterminantes, attribuant
ainsi le succès de l’opération commando à l’intuition et à l’intelligence
d’un seul protagoniste, tout porte à croire que le parti pris de la
réalisatrice est ici, malheureusement, d’ancrer le
spectateur dans un rapport fictionnel, lui faisant presque oublier que le film s’inspire de faits réels. La jeune actrice incarne tout de même
avec brio ce personnage de femme forte et déterminée, avec un mélange de
sensibilité et d’héroïsme.

Ceux qui voyaient en ce film un
espoir quant à un discours critique clair sur les États-Unis et la politique
américaine, seront forcément déçus. Ces questions ne sont en effet
qu’effleurées. « La politique
change »
. Voilà ce dont on nous informe. Mais en dépit de ce
sous-texte politique trop inexistant et de la longueur du film (qui est telle que
le spectateur s’y perd parfois dans le déroulement de l’intrigue), il n’en est
pas moins un bon divertissement pour autant, dont la mise en scène et la maîtrise technique ne laissent certainement pas indifférent.

Dès sa sortie américaine, le film
était déjà au cœur des débats. Il semble en effet déranger et fait l’objet de
nombreuses controverses aux États-Unis, entre autres de la part de politiciens
ou critiques, qui l’accusent de mettre trop en avant la torture comme source
première d’informations. Reste à savoir maintenant si le public européen sera
plus indulgent et n’aura pas trop d’attentes envers la réalisatrice surtout après
le talent dont elle a pu faire preuve dans son précédent film.

Bénédicte Eïd

(*) Rappelons-le, la réalisatrice
a déjà remporté six Oscars en 2010 pour son film Démineurs , devenant ainsi la première femme de l’histoire à
recevoir l’Oscar du meilleur film.