Berlinale 2017
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ON BODY AND SOUL

Ildikó Enyedi

Géza Morcsányi, Alexandra Borbély, RékaTenki, Zoltán Schneider

116 min.
20 mars 2017
ON BODY AND SOUL

Comment une étrange histoire d’amour qui se déroule dans un lieu aussi peu glamour qu’un abattoir de Budapest a-t-il pu faire palpiter le cœur des Festivaliers de la 67ème Berlinale et en ressortir comme le grand gagnant [1] ? C’est là l’originale gageure que la réalisatrice hongroise a relevée en développant un scénario au cœur duquel rêve et réalité, solitude et désir d’être aimé se fondent progressivement dans deux paysages hautement métaphoriques se situant aux antipodes l’un de l’autre.

Si, comme son titre l’indique, le film explore les liens qui unissent le corps et l’esprit, « On Body and Soul » évoque surtout la difficulté qu’éprouvent beaucoup de personnes à s’ouvrir aux autres et ainsi transcender peurs, angoisses et inhibitions. C’est d’ailleurs de son expérience personnelle dans son difficile rapport à autrui que la très humble IldikóEnyedi est partie pour se lancer dans l’aventure de ce film qui, selon ses propres termes, « se voulait simple et clair comme de l’eau de roche ». Mais, a-t-elle ajouté, « nous ne savions pas si le public allait nous suivre car ce film se voit uniquement avec un cœur empreint de générosité ».

Pour servir son propos, la cinéaste, Caméra d’Or à Cannes en 1989 et qui n’avait pas tourné de long-métrage depuis 18 ans, met en scène deux personnages qui, chacun à leur manière, souffrent d’un handicap. L’un est social et est incarné par Ana qui vient de prendre ses fonctions de contrôleusequalitédans l’abattoir. Pour cette femme renfermée, peu sexy, maniaque obsessionnelle, qui ne badine pas avec le respect des règles, l’ordre et la propreté, tout contact avec autrui constitue une épreuve de force. Endre, directeur financier de l’entreprise d’abattage, souffre quant à lui d’une infirmité au bras. Homme solitaire et énigmatique, il se montre plus prompt aux rapports sociaux mais n’est pas pour autant maître dans l’art d’exprimer ses sentiments.

Comment se dévoiler aux autres lorsque l’intimité du corps et l’expérience que l’on en fait dans le mouvement quotidien se sont désarticulés des désirs immatériels et difficilement exprimables de l’esprit ? Comment se révéler à soi-même si ce n’est en demeurant à l’écoute de ces tranches de vie rêvées ou fantasmées qui sont parfois plus prégnantes que le réel ? Et enfin, comment réconcilier la perception de ces deux entités (corps et âme) dont la manifestation s’avère parfois contradictoire,si ce n’est en effectuant un rapprochement humain permettant de dépasser une réalité souvent violente ?

En réduisant progressivement la césure qui sépare le désir fantasmé de la dure réalité d’un cadre aussi peu propice aux rapports humains (sans faire de l’abattoir l’espace militant d’une quelconque cause végétarienne, précisons-le !), « On Body and Soul » réunit de manière surprenante les paysages intérieurs de ses personnages et prend tout son temps pour donner corps aux émotions de l’âme.

Parsemé de touches d’humour, ce film, teinté d’un réalisme magique habilement dosé,charme par sa délicatesse et emporte le spectateur quasi par enchantement comme un conte pourrait le faire.

(Christie Huysmans)

* date de sortie inconnue

[1Outre l’Ours d’Or, « On Body and Soul » a également obtenu le Prix du Jury Œcuménique, le Prix Fipresci ainsi que le Prix des lecteurs du Berliner Morgenpost.