Sorties de la semaine
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MANU

Emmanuelle Bonmariage

Manu Bonmariage

92 min.
6 juin 2018
MANU

« Manu », d’Emmanuelle Bonmariage, fille d’Emmanuel Bonmariage, est le premier documentaire de la fille d’un des pères des émissions Strip Tease sur son propre père. On s’embrouille. Son père, Manu, lui a donné le même prénom et lui a légué, à l’âge de 76 ans, la caméra dont il ne pouvait se séparer mais qu’il n’arrivait plus à tenir à l’épaule. Un acte de passation symbolisant l’idée de relève, de postérité. Une tâche aussi qu’il semble imposer à sa fille. Comme s’il lui demandait indirectement de faire son portrait. Emmanuelle relève le défi avec beaucoup de sensibilité et de justesse et parvient à capter la réalité de ce père cinéaste qu’elle a appris à connaître à travers tous les « personnages » qui peuplent ses films. Tels des fragments de Manu lui-même.

Manu Bonmariage, c’est d’abord un réalisateur de cinéma du direct. Cadreur hors pair, agile de sa caméra, telle une excroissance, il est « L’homme qui ne voulait pas lâcher sa caméra » comme le souligne le sous-titre clin d’œil à « L’homme à la caméra » de Dziga Vertov. Comptant plus de 80 documentaires à son actif, Manu n’a eu de cesse de déshabiller la société. Aujourd’hui, gagné non seulement par la vieillesse, la mémoire lui joue des tours. Il est un « Alzheimer-rien » comme il dit. Avec ce « rien » qui l’amuse et qu’il a su déceler chez les gens qu’il filmait, comme un grain de légèreté et de folie dans des situations parfois tragiques. L’humanité profonde que rapporte le cinéma de Manu est terriblement touchante. C’est la vie, dans ce qu’elle a de complexe, de drôle, d’absurde et d’émouvant à la fois.

La mission d’Emmanuelle est ardue. Surtout qu’elle cherche à interroger le cinéma de son père, à comprendre ce qu’il cherche à travers toutes ces réalités qu’il capte. De cette manière, elle part à sa rencontre et elle y va « franco », un peu à la manière de son père, avec son caractère indomptable. Au début, Manu est réticent, il se sent mis à nu, vulnérable face à cette caméra, derrière laquelle il a l’habitude de se cacher. Fragilisé aussi par cette maladie qui lui ronge la mémoire. Une altercation entre père et fille est inévitable. Chacun dans le besoin de s’affirmer. Puis s’installe un grand moment de confiance et de confidence qui vont au-delà de la parole. Emmanuelle a su rassurer son père, qui peut désormais marcher loin dans la nuit, sans se soucier de l’obscurité, car il sait que sa fille est là.

Comme le dit Emmanuelle, Manu est le personnage parfait de ses propres films, il les incarne tous un peu. Nous découvrons un homme plein d’humour, tendre et intraitable. Sacré personnage. Sacré Manu.

Luz