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LA LLORONA

Jayro Bustamante

Avec Julio Diaz, María Mercedes Coroy, Sabrina de La Hoz

97 min.
22 janvier 2020
LA LLORONA

Pour comprendre le film et sa portée symbolique, il est important de savoir que, selon la légende, au Guatemala, la Llorona est une pleureuse, un fantôme qui cherche ses enfants. Aujourd’hui, dans le film « La Llorona », elle pleure ceux qui sont morts durant le génocide des indiens mayas-ixiles perpétré par le général et ex-président Efraín Ríos Montt au Guatemala, dont des milliers d’enfants dans les années 1980.

« La Llorona » est le dernier volet du tryptique de Jayro Bustamante. Après « Ixcanul » en 2015 et « Temblores » (Tremblements) en 2019 . "J’ai voulu dénoncer les trois mots les plus discriminants qui soient, au Guatemala. Le premier mot, c’est « Indiens » qui…… désigne les indigènes mayas, dont parle « Ixcanul ». le second mot c’est « Homosexuels », le sujet de « Tremblements », le troisième mot c’est « Communiste » dans ce dernier film.

Le film nous replonge 30 ans après dans le procès de l’ex-général Enrique Monteverde (personnage inspiré d’ Efraín Ríos Montt), condamné pour génocide mais acquitté peu après suite à l’annulation de la procédure pour raisons médicales.
Échappant à une foule de manifestants en colère, il se retire dans sa magnifique maison, avec sa femme Carmen (Margarita Kénefic), sa fille Natalia (Sabrina De La Hoz), sa petite fille Sara ( Ayla-Elea Hurtado), fille de Natalia, leur gouvernante indigène et Alma (María Mercedes Coroy ), une mystérieuse nouvelle employée maya. C’est dans ce cadre hors du temps, en huis clos, que va se dérouler la suite du film, alternant le contraste entre dedans et dehors :
-  D’un côté, à l’intérieur de la maison, dans un silence lourd , la famille va se fissurer peu à peu, la solidarité de Carmen et Natalia vis-à-vis du général laissant place à des images terribles d’horreurs perpétrées,
-  De l’autre à l’extérieur, les cris de la foule manifestant contre cette impunité et demandant vengeance
L’esprit de la Llorona, en quête de justice, hante les pièces et les ames de la maison, L’arrivée d’ Alma vient comme pour témoigner de toutes les horreurs commises sur les enfants. Le surnaturel surgit, transformant les visages, alternant les scènes de flash-back sur le passé. qui selon Bustamente , est nié :"Au Guatemala, on nie tout ce qui s’est passé. En Europe après la deuxième guerre mondiale, on a parlé, pour tenter de soigner. Même en Afrique du Sud, il y a eu des explications, une tentative de réconciliation. Au Guatemala, on préfère penser que les militaires ont sauvé le pays. Des années de procès ont été jetées à la poubelle en une semaine par les pouvoirs de quelques grandes familles et de l’armée, qui sont remontés jusqu’à la cour suprême, laquelle a finalement décidé de dire : non, il n’y a pas eu de génocide ni de génocidaires. Et au Guatemala personne n’a réagi ! Donc, le film a pour ambition de parler à une population qui est totalement dans la négation, qui pense que parler du passé est une perte de temps, et qu’il faut aller de l’avant. Au Guatemala, la population a peur de Dieu, et des militaires."

La Llorona est un film très puissant, bouleversant.

(France Soubeyran)