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Un divan à Tunis

Manèle Labidi Labbé

Golshifteh Farahani, Majd Mastoura, Hichem Yacoubi

88 min.
12 février 2020
 Un divan à Tunis

« Un divan à Tunis », est le premier long-métrage de la réalisatrice Manele Labidi, qui , sous forme de comédie , nous propose une analyse de la société tunisienne après le printemps arabe.

Ce film témoigne du renouveau du cinéma tunisien, en pleine forme, avec la production annuelle d’une dizaine de longs métrages réalisés par de jeunes cinéastes qui, comme Manele Labidi, parlent de questions longtemps bannies : conflits politiques (« Hédi » de Mohamed Ben Attia, « Fatwa » de Mahmoud Ben Mahmoud, condition de la femme ( « El Jaïda » de Salma Baccar ,« la Belle et la Meute » de Kaouther Ben Hania, « Weldi » de Mohamed Ben Attia ), tabous, conflits de l’intime etc. « Après 2011, c’est un des acquis les plus concrets qu’on ait eus, c’est de pouvoir parler de tous les sujets, surtout les sujets de société, notre vie quotidienne, sa complexité et sa richesse », estime le producteur Habib Attia.
Dans « Un divan à Tunis », l’angle d’attaque de l’analyse de la société post-Révolution tunisienne est très original et inédit : comment montrer que les repères sont perdus, les mentalités tiraillées entre tradition et envie de changement, que les modes de fonctionnement sont à réinventer ? Grace à Selma Derwish (Golshifteh Farahani), une jeune psychanalyste qui, après avoir exercé en France, « débarque » à Tunis pour ouvrir son cabinet dans un quartier populaire, peu de temps après la chute de Ben Ali et au lendemain de la Révolution.
Alors évidemment, cela va donner lieu à toute une série de scènes plus drôles les unes que les autres qui, au-delà de leur drôlerie, mettent le doigt sur les blocages d’une société en recherche : comment accepter qu’une femme fasse « allonger « des hommes sur un divan ? qu’elle accroche au mur la photo d’un frére musulman ( Freud ! ). En fait cette société a besoin de parler et va parler.

C’est un film intelligent, plein d’humour. Golshifteh Farahani est merveilleuse de naturel. Les personnages, chacun représentant un archétype de la société tunisienne, s’ils sont un peu caricaturaux, sont drôles et dépeints avec bienveillance.

France Soubeyran