Drame
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LA CALIFORNIE

Jacques Fieschi (Drance 2006 - distributeur : Victory Films)

Nathalie Baye, Roshdy Zem, Mylène Demongeot, Rasha Bukvic

95 min.
14 février 2007
LA CALIFORNIE

Il n’est pas fréquent d’avoir, en un trimestre, l’occasion d’admirer à plusieurs reprises le talent protéiforme d’une actrice.
Césarisée l’an dernier pour sa magistrale prestation dans « Le petit lieutenant » de Xavier Beauvois, Nathalie Baye est attendue dans un rôle de femme affectueuse dans « Michou d’Auber » de Thomas Gilou et de mère castratrice dans « Mon fils à moi » de Martial Fougeron.

Après avoir été cet automne une avocate dans « Ne le dis à personne » de Guillaume Canet (*), la voici interprétant dans « La Californie » une femme riche, désœuvrée, entourée d’une bande de parasites et de solitaires, qui renoue, après 10 ans d’abandon, avec sa fille - exemplaire Ludivine Sagnier dont le jeu dentelé et retenu sert d’écrin à la violence pathétique d’une Nathalie Baye au mieux d’elle-même.

Elle est proprement stupéfiante dans ce rôle auquel elle apporte générosité, hystérie, drôlerie, candeur, cynisme, cruauté et force désenchantée. Sa palette de sentiments est étendue, cela on le savait depuis longtemps, mais avec le temps elle s’est affinée, nuancée au point de donner, au spectateur, à ressentir le moindre frémissement d’une attitude ou d’une expression

Sa capacité à éponger l’atmosphère propre au roman de Simenon - « Chemin sans issue » dont le cinéaste s’est largement inspiré - rappelle à quel point les êtres humains peuvent être fragiles et
paniqués à l’idée de devoir affronter la solitude. Tiraillés entre le besoin de faire souffrir et le désir de se faire pardonner, ils sont capables de ce pire et de ce meilleur qui font de la vie une aventure bosselée où la manipulation, le mensonge, la séduction, l’argent et l’amour jouent, en s’équilibrant rarement, à cache-cache.

Etudes de moeurs à effleurements psychologiques, "Californie" a aussi ce quelque chose des romans les plus déprimés de Françoise Sagan dans lesquels le huis-clos mondain favorise la prolifération du délétère et du veule.

Roshdy Zem, Mylène Demongeot (qui fut une des belles-filles de Simenon), Rasha Bukvic apportent chacun l’ingrédient indispensable pour donner d’une certaine société cannoise friquée et oisive une image dont l’agressivité n’a rien à envier à celle des classes moins favorisées qu’elle
a le snobisme de fréquenter.

« La Californie » est la première réalisation de Jacques Fieschi surtout connu pour être l’excellent scénariste de Pialat (« A nos amours »), Anne Fontaine ("Nathalie "), Nicole Garcia ("Selon Charlie").

S’il ne réussit que partiellement à traiter, avec profondeur, le superficiel, il réussit amplement à
souligner combien la douleur est inhérente au jeu social. Avoir privilégié le déroulement de l’action en hiver, est un délicat hommage à cette saison dont on sait depuis le beau film de Sautet ["Un coeur en hiver" (**)] qu’elle est celle que les coeurs choisissent pour mieux encore se réfrigérer. (m.c.a)

(*) qui a reçu le César du meilleur réalisateur lors de la cérémonie de ce 24 février
(**) sur un scénario de Fieschi

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