FESTIVAL DES LIBERTÉS Compétition internationale de documentaires PALMARÈS 2026

Le jury du Festival des Libertés est constitué de personnalités issues à la fois du milieu audiovisuel et de la sphère associative, engagée dans la défense des droits et des libertés. Son rôle est de désigner le film qui, par sa teneur politique et sociale, son engagement militant et son pouvoir de dénonciation, reflète les préoccupations mises en avant par le festival, notamment en matière de défense de droits et de libertés, qui mérite d’être soutenu et d’être vu par le plus grand nombre.
Membres du jury :
Florence Aubenas, Journaliste grand reporter
Olivier Bailly, Journaliste
Mariam Diallo, Ambassadrice d’expression citoyenne
Matthieu Goeury, Directeur des Halles de Schaerbeek
Pierre-Arnaud Perrouty, Directeur de la Ligue des droits humains
Adeline Rosenstein, Metteuse en scène.
Prix décernés par le jury du Festival des Libertés :
Prix du Festival des Libertés / Prix Studio l’Équipe
Autres prix / jury
Prix du Centre d’Action Laïque
Prix de la Fédération internationale des Ligues des droits de l’Homme


Prix du Jury du Festival des Libertés
Birds of war
Janay Boulos, Abd Alkader Habak
Royaume-Uni / Syrie / Liban • 2026 • 85’ • VO/OV ST FR-EN

Le Jury du Festival des Libertés a choisi de remettre son Prix 2026 à Birds of War, de Janay Boulos et Alkader Habak, un film d’une grande force qui explore avec une rare justesse les liens entre journalisme et activisme, entre celles et ceux qui documentent l’histoire et celles et ceux qui la vivent, la subissent ou tentent de la faire basculer.

En nous plongeant dans Alep, rarement filmée avec une telle intensité physique, le film fait surgir des images précieuses d’une période dont il reste peu de traces. Il nous donne à voir la guerre au plus près, dans sa brutalité, mais aussi dans la complexité de celles et ceux qui s’efforcent d’en témoigner. Avec une grande finesse, Birds of War dévoile les mécanismes de construction de l’information, interroge la distance nécessaire au travail journalistique et met en lumière les conditions, souvent difficiles, dans lesquelles il s’exerce. Il rend également visible le rôle essentiel des activistes, dont le travail nourrit celui des journalistes, dans une relation faite de complémentarités, de tensions et d’engagements partagés.

Le film ne se limite pas à une réflexion sur la fabrication des images et les responsabilités de celles et ceux qui les produisent. Au fil de la grande histoire se dessinent des trajectoires singulières, des rencontres et une histoire d’amour profondément touchante. Cette relation ouvre un espace de tendresse et d’humanité au cœur du chaos. Elle rappelle combien une rencontre peut déplacer les lignes, transformer des existences et infléchir des destins.

Par la beauté de sa mise en scène, la puissance de ses images et l’intelligence avec laquelle il entremêle l’intime et le politique, Birds of War est une œuvre remarquable et profondément nécessaire. Un documentaire qui nous invite à regarder autrement celles et ceux qui témoignent du monde, à questionner les images qui nous parviennent et à reconnaître, derrière chacune d’elles, des femmes et des hommes qui prennent des risques pour rendre le réel visible.


Mention spéciale
Life After
Reid Davenport
États-Unis • 2025 • 89’ • VO/OV ST FR-EN

Le Jury du Festival des Libertés a choisi d’attribuer sa Mention spéciale 2026 à Life After, un film qui aborde la question de l’euthanasie sous un angle rarement exploré et qui confronte avec finesse nos propres convictions.

Par sa forme remarquable, ce documentaire met en lumière les mécanismes de paternalisme qui pèsent sur les personnes porteuses de maladie ou de handicap, trop souvent privées de la pleine reconnaissance de leur autonomie. Sans jamais céder à la facilité, il fait émerger une question essentielle : comment penser la liberté de choisir sa mort dans une société où certaines vies restent considérées comme moins désirables que d’autres ? Les risques eugénistes qui traversent ces débats sont exposés avec une grande intelligence, nous obligeant à interroger les présupposés qui façonnent nos positions.

Life After est un film qui ne cherche pas à conforter nos certitudes, mais à les mettre en mouvement. Par ses oscillations et sa capacité à maintenir la réflexion ouverte, il nous laisse l’esprit en éveil et nous invite à regarder autrement des questions que nous pensions peut-être déjà tranchées. Une œuvre précieuse qui nous déplace, nous bouscule et nous rappelle que la pensée critique commence là où nos évidences vacillent.


Prix Studio l’Équipe
Les Voyageurs
David Bingong
Espagne, Cameroun • 2025 • 61’ • VO/OV ST FR-EN

Le Prix du Studio l’Équipe est attribué à Les Voyageurs, de David Bingong, un film magistral qui pose un regard singulier sur les parcours migratoires et fait résonner avec une force particulière les réalités de notre actualité. Dans un contexte où les discours sur la migration se réduisent trop souvent à des chiffres, des frontières et des débats sécuritaires, le film choisit de replacer les personnes au cœur du récit.

Avec une énergie lumineuse et des personnages profondément attachants, Les Voyageurs déjoue les représentations habituelles et restitue toute leur humanité à celles et ceux dont les trajectoires sont trop souvent racontées par d’autres. La joie, l’humour et la vitalité qui traversent le film n’effacent ni les difficultés ni les épreuves : ils révèlent au contraire la capacité de chacune et chacun à inventer des possibles, à tisser des liens et à poursuivre sa route malgré les obstacles.

Par son approche accessible et incarnée, le film possède également une grande valeur pédagogique. Il ouvre un espace de compréhension et de dialogue, donne de l’épaisseur à des réalités complexes et nous invite à dépasser les idées reçues pour regarder les parcours migratoires depuis celles et ceux qui les vivent. Une œuvre généreuse et nécessaire, dont l’écho avec l’actualité rappelle que derrière les politiques migratoires et les frontières se trouvent avant tout des vies, des espoirs et des aspirations.


Prix du Centre d’Action Laïque
The Secret Reading Club of Kabul
Shakiba Adil, Elina Hirvonen
Finlande, Norvège • 2026 • 80’ • VO/OV ST FR-EN

Le jury du Centre d’Action Laïque a décidé de décerner son prix cette année à The Secret Reading Club of Kabul réalisé par Shakiba Adil et Elina Hirvonen. Ce documentaire nous emmène à la rencontre d’un groupe de jeunes Afghanes qui organise clandestinement un cercle de lecture à Kaboul sous le régime taliban. Ce film est une piqûre de rappel : aujourd’hui, en 2026, cinq ans après le retour des Talibans au pouvoir, les Afghanes vivent littéralement enfermées chez elles. Elles subissent un système d’oppression qui cherche à les museler, à les effacer de l’espace public et à les priver de toute autonomie. L’école leur est interdite au-delà de 12 ans, elles ne peuvent pas se déplacer sur de longues distances sans leur mari ou un accompagnateur masculin de leur familles, seuls 7 % des femmes ont un emploi car les Talibans les empêchent de travailler dans la plupart des secteurs. Depuis 2024, elles n’ont même plus le droit de parler à voix haute, ni en public ni à l’intérieur de leur maison.

Pour s’instruire et tenter de sortir de leur isolement, les jeunes femmes que l’on suit dans le documentaire se retrouvent clandestinement autour d’un livre en particulier : le journal d’Anne Frank. Un symbole très fort. Le jury a été marqué par les parallèles entre les pensées d’Anne Frank, son sentiment d’enfermement et celui que vivent ces jeunes Afghanes. Inspirées par Anne Frank, elles écrivent, lisent et filment leur quotidien malgré les risques de répression. Beaucoup d’images sont filmées par les jeunes femmes elles-mêmes grâce à leur téléphone, on voit aussi des images très dures d’exécution. Au milieu de cette violence, la musique et les dessins apportent une forme de poésie au récit. Ces éléments ont particulièrement touché les membres du jury.

Petit à petit, à travers une narration didactique qui détaille la détérioration des droits des filles et des femmes en Afghanistan, le documentaire nous fait ressentir l’oubli, la peur vécue au quotidien et l’espoir qui s’amenuise. L’exil apparaît comme la seule issue pour retrouver un peu de liberté. Pourtant, ces femmes ne veulent pas quitter leur pays. Elles voudraient pouvoir y vivre, y travailler, y construire un avenir en disposant des mêmes droits et libertés que les hommes. Forcées à l’exil, certaines parviennent à fuir notamment vers les pays limitrophes comme le Pakistan et l’Iran… où elles espèrent retrouver des espaces de liberté. Le film met ainsi en lumière le paradoxe de l’exil : fuir pour se libérer, sans pour autant être immédiatement en mesure de se reconstruire. Loin de leur pays, elles doivent affronter seules la reconstruction de leur existence, tout en portant les conséquences des persécutions subies et les vulnérabilités qui en découlent.

Ce prix est l’occasion pour le Centre d’Action Laïque de dénoncer la coopération entre le gouvernement belge et le régime taliban en matière d’identification et de retour, mais aussi de condamner à ce titre la rencontre entre la Ministre de l’Asile et de la Migration et des représentants du gouvernement taliban à Bruxelles en juin dernier. Renvoyer des Afghans et des Afghanes aujourd’hui dans leur pays d’origine revient à les exposer à un risque grave de persécution et à les abandonner à un régime qui bafoue leurs droits fondamentaux.

Ce prix est également l’occasion de rappeler qu’en août 2026, pour marquer le cinquième anniversaire du régime répressif des talibans et de la résistance des femmes afghanes face à celui-ci, un groupe d’experts internationaux en droits humains – originaires d’Afghanistan, d’Afrique du Sud et du monde entier – a publié la « Déclaration internationale sur l’apartheid de genre et ses conséquences destructrices ». Cette déclaration appelle à la fin immédiate de l’apartheid de genre et au recours et au développement du droit international à cette fin. L’association Humanists International – dont le CAL fait partie – a porté ce texte à l’ONU en septembre.

Récompenser The Secret Reading Club of Kabul, c’est donc rendre hommage à ces jeunes femmes, à leur courage, leur détermination, leur quête de liberté et à leur volonté de s’émanciper. C’est aussi refuser qu’elles soient oubliées.

Le Centre d’Action Laïque tient également à honorer d’une mention spéciale un autre documentaire : Soldiers of Light. Ce film réalisé en Allemagne explore les mécanismes d’embrigadement et de dérives idéologiques. Mouvement sectaire, pseudo-sciences, complotisme, dérives du développement personnel, obsession alimentaire, proximité avec l’extrême droite : les protagonistes du documentaire évoluent au croisement de plusieurs univers qui se rejoignent dans une même logique d’emprise, de manipulation et de remise en cause des faits. Entre développement personnel, complotisme et extrême droite, le film explore les mécanismes d’embrigadement et de dérives idéologiques. À l’heure où l’AfD remporte des succès électoraux historiques en Allemagne, ce documentaire doit nous interroger sur l’avenir de notre société lorsqu’elle perd tout esprit critique.


Prix de la FIDH
Politzek
M. Loizeau, S. Koulaeva, E. Mamontova
Russie • 2025 • 90’ • VO/OV ST FR-EN

C’est avec une émotion particulière que la FIDH distingue aujourd’hui Politzek, les voix qui défient le Kremlin. Ce documentaire donne un visage et une voix à celles et ceux que le pouvoir russe voudrait réduire au silence. Au-delà de la dénonciation de la répression menée par le régime de Poutine, le film donne à voir les histoires singulières et la réalité profondément humaine de celles et ceux qu’il persécute.

En Russie, des milliers de personnes sont poursuivies et privées de liberté pour leurs opinions. Ces prisonniers politiques sont désignés par le terme « Politzek ». À travers les parcours croisés d’un adolescent de 15 ans condamné à cinq ans de prison pour ses publications sur les réseaux sociaux, d’une jeune artiste emprisonnée pour avoir exprimé son opposition à la guerre, d’un défenseur des droits humains, de figures du monde culturel et de mères qui se battent pour faire libérer leurs enfants, les réalisatrices donnent corps à une répression qui touche toutes les sphères de la société russe.

Jusqu’où peut aller un régime qui ne tolère plus la moindre voix discordante ? Une publication, une œuvre artistique ou une critique de la guerre peuvent suffire à briser des vies et à séparer des familles. Le film montre comment la peur devient un instrument de contrôle, mais aussi comment, malgré les risques, des citoyens continuent de résister, de témoigner et de défendre leur dignité.

Tourné clandestinement pendant près d’un an, Politzek porte en lui une force singulière : filmer, témoigner et donner la parole deviennent en soi des actes de résistance. Les images rares et les témoignages recueillis de l’intérieur rendent visible ce que le pouvoir cherche précisément à dissimuler et à faire taire.

C’est aussi ce qui distingue ce documentaire : il ne réduit jamais ses protagonistes à un statut de victimes. Il révèle leur courage, leur dignité et leur détermination à ne pas renoncer à leur liberté de pensée et d’expression, même lorsque le prix à payer est exorbitant.

En décernant son prix à Politzek, la FIDH entend saluer un film qui fait du cinéma un outil essentiel de témoignage et de défense des droits humains. Un film dur, parfois bouleversant, mais profondément nécessaire, qui nous rappelle que derrière chaque prisonnier politique, il y a une personne, une famille et une voix qui ne doit pas être oubliée.

À travers Oleg Orlov, figure historique de l’ONG Memorial – organisation russe de défense des droits humains et de la préservation de la mémoire historique -, c’est tout un combat pour la vérité, la justice et la dignité humaine que nous souhaitons saluer. Depuis des décennies, Memorial documente les crimes du passé, dénonce les violations du présent et défend celles et ceux que le pouvoir cherche à faire taire. Cet engagement est indissociable de celui de la FIDH. Memorial est une organisation membre de la Fédération et son combat est aussi celui de la FIDH.

La répression ne frappe jamais une seule personne. Elle atteint aussi ses proches : les familles qui attendent, qui s’inquiètent, qui tentent de maintenir un lien malgré les murs et les menaces… Des familles qui portent souvent en silence un fardeau immense dont certaines subissent elles-mêmes des intimidations et des représailles. Leur souffrance demeure trop souvent invisible.

C’est aussi pour elles que ce prix est décerné par la FIDH. Parce qu’un film peut faire ce que la répression cherche précisément à empêcher : témoigner, transmettre, rendre visibles les personnes derrière les dossiers judiciaires et les chiffres, rappeler au monde que personne ne devrait être abandonné pour avoir défendu les droits humains.

En distinguant ce documentaire, la FIDH rend hommage à toutes celles et ceux qui continuent de résister. Elle réaffirme sa solidarité avec les défenseuses et défenseurs des droits humains en Russie, sa conviction que le courage de dire la vérité ne doit jamais être puni par la prison, l’exil ou la peur.