Patricia López Arnaiz ; Juan Minujin
Los Domingos refuse de prendre parti, non pas par une forme de lâcheté, mais parce qu’Alauda Ruiz de Azúa a compris que la réalité humaine ne se laisse pas partager proprement entre le bien et le mal, le croyant et l’incroyant. Film sur une adolescente, une famille, et la religion comme espace où tout cela se noue et se dénoue, il avance sans jamais désigner qui a raison.
Le choix de composer la bande originale uniquement à partir de chants religieux définit d’emblée la tonalité du film. Ces chants sont très beaux, ils enveloppent le film d’une atmosphère qui témoigne de ce que la religion peut être pour celles et ceux qui l’ont traversée sans y croire tout à fait : une esthétique, une mémoire collective, une façon d’organiser le temps et les corps qui persiste même quand la foi s’est retirée.
Tous les personnages semblent avoir fait leur catéchisme, aucun n’a vraiment la foi, et pourtant la plupart envoient leurs enfants au catéchisme, par habitude, par inertie culturelle. Ruiz de Azúa filme cette ambivalence proprement espagnole sans la condamner ni la célébrer, dans les contradictions des personnages qui critiquent la religion au dîner et emmènent leurs enfants à la messe le dimanche.
Les acteurs et actrices incarnent des personnages qui ont chacun leur logique propre, leurs torts et leurs parts de vérité. On ne sort pas avec une position claire sur qui avait raison, mais on sort de ce film avec quelque chose de plus utile : la conscience que les conflits familiaux ne se règlent pas en désignant un coupable.
L’adolescence, la croyance, le deuil, l’amour, la séparation… tout s’entrelace plutôt que de se succéder, sans hiérarchie entre les sujets. La religion traverse le deuil, le deuil traverse l’adolescence, et c’est dans cet entrelacement que le film trouve sa juste représentation de la vie. Touchant sans être sentimental, précis sans être didactique, espagnol dans ses codes et universel dans ce qu’il touche.
Mélisande Variot