Drame intimiste
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Coup de coeurARMIN

Ognjen Svilicic (Bosnie-Herzégovine/Allemagne 2007)

Emir Hadzihafisbegovic, Armin Omerovica

82 min.
22 septembre 2010
ARMIN

Il y a des films que l’on est heureux d’avoir vus. Non pas pour leur histoire, leur style, ou leur intention - « Armin » ne vise pas à illustrer, défendre ou démontrer un point de vue.

On est heureux tout simplement parce qu’on y rencontre des personnages qui, très vite, deviennent des personnes que l’on a envie de mieux connaître.

Des personnes qui vous cognent le cœur et le font battre un peu plus vite. Un peu plus fort.

Quelle force est à l’œuvre pour susciter ces bouffées d’émotions, ces mouvements de sentiments parfois violents qui vous font sentir vivants. Si vivants et au mieux avec vous-même ?

Je ne sais pas.

Ce que je sais c’est que « ces sorties de soi » ne sont pas le fait de cinéastes mais plutôt de films qui emboîtent, à un moment précis, votre sensibilité et viennent la combler avec la justesse d’un compas traçant un cercle parfait.

Un père et un fils sur la route. Quelque part en Bosnie. Leur destination : Zagreb, l’ancienne ville ennemie. Le second y participera à une audition pour jouer dans un film allemand qui traitera de la guerre.

Cette guerre, jamais montrée, sauf dans les lézardes qu’elle a laissées sur les murs des maisons et dans les mémoires enfouies de leurs habitants.

Cette guerre qu’Armin, jeune adolescent, a intériorisée et qu’il porte comme un fardeau étouffant qui l’empêche de réellement s’impliquer dans le présent.

Face à lui, et en contraste d’énergie bavarde et extériorisée, un père dévoué, fatiguant, prêt à tous les compromis pour offrir à son enfant la réalisation d’un rêve dont on se demande s’il est bien celui d’Armin.

Il y a dans ce père, trop enthousiaste et empressé, quelque chose de pathétique qui le lie à l’Anna Magnani du « Bellissima » de Visconti, lorsqu’elle est cette mère qui, placant tous ses espoirs de réussite dans sa jeune fille, envoie celle-ci, comme un agneau monte au sacrifice, à un casting dans les studios de Cineccità.

Film de rencontres mais aussi film de réconciliations.

Entre un père et un fils. Le premier libérant le second du joug que représente l’expression « c’est pour ton bien ».

Entre un fils et un père. Le premier comprenant qu’il n’a pas besoin de s’évader dans des crises d’épilepsie pour s’assurer de l’intérêt et de l’affection du second.

Film de réconciliation mais aussi film d’ajustements.

Entre deux réalités, l’une modeste, quotidienne et solidaire qui se vit à la campagne et l’ autre, artificielle, compétitive et solitaire qui se vit à la ville.

Entre deux visions de la guerre, l’une réelle qui blesse l’os et la chair, l’autre qui ne griffe que la pellicule. Démontrant l’absurde cruauté de vouloir prolonger, par le documentaire, ce qui a été vécu comme un drame, voire un traumatisme.

Définir à partir de critères objectifs ce qu’est un film de qualité est impossible.

Dire quand un film vous a touché, ému est plus facile. Il suffit d’être à l’écoute de la fragilité des êtres (*) de la justesse des objets choisis - un atlas par exemple pour symboliser les Balkans nouveaux, de la volonté de ne cerner l’essentiel que de gestes et des propos minuscules. Presque sans intérêt.

De s’en laisser imprégner, comme le fait le buvard de l’encre, et alors le miracle opère.

Ce fameux miracle du 7ème art qui vous rend frère du réalisateur, proche des acteurs et intensément scotché à ce qui se passe, là sur l’écran à 7 mètres de vos yeux.

"Armin" a reçu le Grand Prix du Festival du Cinéma Méditerranéen de Bruxelles 2008 et est visible à Flagey jusqu’à la fin du mois d’octobre. (mca)

(*) comme dans cet autre film bosniaque « Grabvica » de Jasmila Zbanic, Grand Prix CinéFemme 2006.