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Après Agnès Varda, Marco Bellocchio, Jodie Foster, Meryl Streep ou encore Robert De Niro l’an dernier, le cinéaste néozélandais Peter Jackson recevra une Palme d’or d’honneur, pour saluer une œuvre qui fusionne blockbusters hollywoodiens et films d’auteur, dans une volonté artistique et une audace technologique hors normes.
« Recevoir la Palme d’or d’honneur à Cannes sera l’un des plus grands moments de ma carrière, confie Peter Jackson. Cannes a joué un rôle décisif dans mon parcours de cinéaste. En 1988, j’ai participé au Marché du Film avec mon premier film, Bad Taste, puis, en 2001, nous avons projeté une séquence en avant-première du Seigneur des Anneaux. Je suis extrêmement reconnaissant envers le Festival de Cannes, qui a toujours célébré un cinéma audacieux et visionnaire, de me reconnaitre parmi les artistes dont le travail continue de m’inspirer. »
C’était le 13 mai 2001. Baz Luhrmann et Moulin Rouge ! avaient ouvert le 54e Festival de Cannes. Nanni Moretti s’apprêtait à recevoir la Palme d’or pourLa Chambre du filsdes mains de la Présidente du Jury Liv Ullmann. Sur la Croisette, 26 minutes vont changer la vie de Peter Jackson : les premières images, les premiers plans déjà époustouflants du Seigneur des Anneaux, encore sur les tables de montage, pour une projection à la presse sept mois avant la sortie mondiale.
Le scepticisme initial se transforme en enthousiasme général. Le succès ravageur de la saga en Terre du Milieu commence ce jour-là. Remportant leur pari fou, Peter Jackson et New Line Cinema (et en France Metropolitan Filmexport des frères Hadida) débutent un chemin de gloire et de reconnaissance planétaires, tant critiques que publiques, avec 17 Oscars (dont 11 pour le dernier opus à égalité avec Ben-Hur et Titanic) et 3 milliards de dollars de recettes (8e franchise la plus rentable de l’Histoire avec un investissement 10 fois moindre).
Vingt-cinq ans plus tard, c’est lors de sa cérémonie d’ouverture, le mardi 12 mai 2026, que le Festival de Cannes célèbrera Peter Jackson.
La Présidente Iris Knobloch se réjouit que, « pour sa 79e édition, l’institution accueille et remercie un réalisateur à la créativité débordante qui a offert au genre de l’heroic fantasy ses lettres de noblesse. »
Le Délégué général Thierry Frémaux confirme qu’il y a « clairement un avant et un après Peter Jackson. Le cinéma de la démesure est sa marque de fabrique et son art total du divertissement particulièrement ambitieux. Il a durablement transformé le cinéma hollywoodien et sa conception du grand spectacle. Mais Peter Jackson n’est pas seulement un très grand technicien ; c’est avant tout un immense conteur. Et un artiste imprévisible : quel sera son prochain univers ? »
En effet, rares sont les cinéastes à avoir initié des virages aussi décisifs dans leur pratique. Peter Jackson, réalisateur, producteur et scénariste, est de ceux-là. Sa mythique trilogie du Seigneur des Anneauxdébutée en 2001 a révolutionné sur grand écran la manière de fabriquer des images, créer des univers et raconter des histoires. Entreprise sans équivalent jusqu’alors, l’adaptation cinématographique du monument de la littérature fantastique de J.R.R. Tolkien pourtant réputée impossible était loin d’être gagnée. Après quelques succès d’estime (Bad Taste, 1987 ; Braindead, 1992 ; Créatures célestes, 1994), Peter Jackson se lance dans la préparation des trois épisodes qui sortiront à un an d’intervalle :La Communauté de l’Anneau (2001), Les Deux Tours(2002), et Le Retour du roi (2003). Intégralement et simultanément tournée dans le cadre somptueux de la Nouvelle-Zélande qui accueille également la post-production des effets spéciaux, du montage et du mixage, la trilogie présente un défi logistique colossal : 2 années de pré-production, 274 jours de tournage, 3 ans de post-production, 20 602 figurants, 2 400 techniciens, un budget d’un 1 million de dollars par jour !
Tout y est, avec une intensité phénoménale, un réalisme saisissant et une impressionnante fidélité de reconstitution : les sinistres Mines de la Moria, le légendaire face-à-face entre Gandalf et le Balrog, l’apocalyptique bataille du Gouffre de Helm, la spectaculaire charge des cavaliers du Rohan aux Champs du Pelennor ou l’affrontement final aux Portes du Mordor dans un déluge indescriptible de barbarie. Accompagné par Wētā FX, son studio d’effets spéciaux situé à Wellington qui œuvrera plus tard sur Avatar, Peter Jackson navigue entre un algorithme, qui permet de recréer des scènes de foule et de combats épiques, et des trucages vieux comme le cinématographe avec des jeux de positionnement, de décors naturels et d’objectifs de caméras, sans manipulation numérique. Ce subtil dosage protège l’authenticité du projet et permet indéniablement à la trilogie de traverser les époques, tout en rendant l’univers de Tolkien omniprésent dans la pop culture, encore aujourd’hui.
Après ce succès mondial, Peter Jackson signe en 2005 un remake du légendaire King Kong et retrouvera, quelques années plus tard, la Terre du Milieu tolkienienne en réalisant la trilogie Le Hobbit entre 2012 et 2014.
Grand conteur d’histoires, l’infatigable cinéaste choisit récemment de s’engager sur des projets documentaires plus singuliers mais tout aussi colossaux. Pour les soldats tombés(2018) dépoussière les archives de 14-18 à travers 600 heures d’interviews et 100 heures de séquences originales restaurées et colorisées.
La minisérie The Beatles : Get Back(2001) propose un montage de 60 heures d’images inédites de l’enregistrement de l’album "Let It Be", début 1969. La même année, ces quatre garçons dans le vent avaient essuyé un refus de la part de Tolkien lui-même suite à leur demande d’adaptation du Seigneur des Anneaux, avec Stanley Kubrick aux commandes, John Lennon en Gollum, Paul McCartney en Frodon, George Harrison en Gandalf et Ringo Starr en Sam. Leur plus grand fan leur a offert réparation, 32 ans plus tard.
Le 79e Festival de Cannes aura lieu
du mardi 12 au samedi 23 mai 2026.
La Sélection officielle sera dévoilée le jeudi 9 avril 2026 à 11h.