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AURORA

Cristi Puiu (Roumanie 2010)

Clara Voda, Valeria Seciu, Catrinel Dumitrescu, Luminita Gheorghiu

181 min.
20 juillet 2011
AURORA

« Notre besoin de consolation est impossible à rassasier » de Stig Dagerman. (*)

C’est par une écriture brève et brûlante que l’écrivain suédois a cristallisé l’inaptitude de l’homme à la quiétude.

C’est dans « Aurora » par un langage lent et errant que le cinéaste roumain donne une forme à la vacuité d’une vie.

Que l’on pressent dès le premier plan menée par un quadragénaire introverti, étranger à lui-même et étranger aux autres.

Aliéné, enfermé dans un malheur, une inquiétude et une dépression dont on ne connaîtra qu’en fin de séance le causes soupçonnant juste, par touches allusives, qu’il doit vraisemblablement s’agir d’une rupture conjugale ressentie comme un abandon et une chute dans le puits sans fond d’une solitude mal acceptée.

Mal vécue. Dans sa peau, dans son appartement aux murs décatis, dans une ville aux lumières sombres, dans un pays pour lequel le cinéaste a manifestement peu de sympathie.

Depuis l’envoûtant « La mort de Dante Lazarescu » on sait que Christi Piui est sans pitié mais pas sans humour (noir, très noir) pour décrire l’absurde fonctionnement d’une Roumanie engluée entre incurie et absurde dans une impuissance à venir en aide à ses citoyens.

Dans « Aurora » c’est avec minutie et obsession qu’il traque son personnage dont il démonte et démontre peu à peu la dangerosité. Présumant qu’au fond de chaque bizarrerie peut se tapir une tension qui peut devenir pulsion meurtrière.

C’est en regardant Murnau travailler sur « Le dernier des hommes » qu’Hitchcock a défini les fondamentaux opérationnels de son cinéma : la technique, l’éclairage et la composition.

Piui a retenu lui aussi la leçon (**) - ses cadres dans le cadre, ses camaïeux de couleurs assourdies par une lumière soigneusement travaillée sont là pour en témoigner.

On aurait néanmoins aimé qu’il ait rythmé ces fondamentaux par un usage de la lenteur qui s’apparente moins à de la torpeur.

Torpeur de l’action, torpeur de la narration, torpeur du héros qui finissent par happer le spectateur et l’enliser dans un marécage de désintérêt et d’envie d’appuyer sur une invisible touche forward pour sortir d’une intrigue dramatiquement longue à se dénouer.

Plus de 180 minutes de projection, c’est beaucoup.

C’est trop pour un propos qui n’incite ni à la contemplation ni à la métaphysique.

Mais juste au dépiautage d’une âme malade. Dont la taraudante et silencieuse souffrance ne peut être calmée que par un radical et rapide paroxysme, comme dans une tragédie grecque.

Tout le monde n’est pas capable de creuser un chemin à travers une colonne de pierre avec une aiguille.

Puiu n’est pas tout le monde. La preuve il a eu la patience (ou l’audace) d’essayer.

C’est par impatience devenue ennui, avouons-le, que nous avons été incapables de le suivre dans son expérience. (mca)

(*) paru aux éditions Actes Sud.
(**) au point d’avoir donné à son film le titre de l’œuvre majeure du réalisateur allemand : « L’aurore ». Alors que celui de « Crepuscula » aurait eu autant (sinon plus) de pertinence.