Ecran Total
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Coup de coeurMISTER LONELY

Harmony Korine Harmony Korine (GB/France/Irlande 2006 - distributeur : Ecran Total)

Diego Luna, Samantha Morton, Denis Lavant

111 min.
27 août 2008
MISTER LONELY

Réunir dans un même film Michael Jackson, Marilyn Monroe, Charlie Chaplin et une congrégation de nonnes panaméennes, c’est possible. Il faut simplement s’appeler Harmony Korine, et ne craindre ni la loufoquerie, ni la poésie.

C’est en effet via un poème visuel excentrique que le réalisateur réunit tous ces personnages hétéroclites. Il crée un récit où s’entremêlent deux histoires, d’une part celle de bonnes sœurs au Panama, et d’autre part celle d’une congrégation de sosies en Irlande.

Ces deux lignes narratives ne se rencontrent jamais, mais elles s’enlacent autour d’un même centre, d’une même thématique ; la foi en l’innocence. Tous les protagonistes ont en commun une certaine marginalité qui a trait à une sorte de naïveté. De croyance entêtée et ingénue en leurs choix de vie, aussi bizarres et différents soient-ils.

Les uns ont créé une communauté où ils vivent tous dans le personnage qu’ils ont choisi d’incarner, de James Dean à la Reine Mère. Les autres, vêtues d’un bleu lavande qui leur donne un air de volatile désuet, ont placé leur vie dans les mains de Dieu, et d’une foi tout aussi intègre qu’elle est immodérée.

On pense à Michel Foucault, et à la fascination qu’il eut dans les années septante pour les communautés hippies. Ces groupes qui refusaient en bloc les normes sociétales et vivaient selon des principes propres, élevant à l’échelle de leur vie leur choix personnels. Faisant de leur existence une œuvre à part entière, une pièce d’art en soi.

On trouve les mêmes types de choix dans les destinées que les personnages de « Mister Lonely » se sont choisies. Les vies qu’ils se sont créées les emmènent loin de la normalité du monde, de son désordre. Par leur mise à distance volontaire d’une société où il n’y a pas de place pour eux, ils tentent désespérément de donner un sens à leur vie, de toucher à la grâce, chacun à leur manière. 

Leur apaisement passe par le travestissement. En habits ecclésiastiques pour certaines, dans la peau de célébrité pour d’autres. Costumes différents pour parvenir au même résultat, devenir quelqu’un. Un être reconnu, avec une identité à part.

Et c’est avec une certaine mélancolie que l’on observe ces personnages transmutés en d’autres. Parce que leur besoin forcené de ressembler à quelqu’un d’autre traduit le vide abyssal qui les habite. Le vide engendré par nos sociétés. Le vide qui nous guette tous.

Si l’on pourrait objecter que la trame narrative de « Mister Lonely » est parfois maladroite, on ne peut néanmoins pas passer à côté de la beauté plastique de la construction de ses plans.

Des images que Korine construit comme des tableaux mouvants, équilibrés et colorés. Qui traduisent toute la poésie de son propos. Celle de la douceur d’être différent, avec toute la cruauté que cela implique. (Justine Gustin)